En banlieue parisienne, une jeune femme de 21 ans tout au plus met au monde deux petites filles.
Elle est accompagnée par un homme presque aussi jeune qu'elle.
Les enfants ne sont pas désirées, et les parents, insouciants et irresponsables, préfèrent les confier à un orphelinat.
Les jumelles grandissent ensemble, trimballées de familles d'accueil en famille d'accueil, de pays en pays.
Après la France, la Belgique, l'Angleterre, puis la France, l'Italie, la Suisse, encore la France et enfin l'Allemagne.
Là, elles atterrissent chez une femme francophone du nom de Kamille. Elle est correcte, parfois même affectueuse.
Les twins ont 12 ans.
Les papiers d'adoptions sont signés et Kamille les emmène en France.
Les soeurs sont extrêmement proches, elles ne supportent pas d'être séparées.
Grâce à un ami, elles ont réussis à modifier leurs noms, peu avant leur voyage en Italie.
Désormais, elles s'appellent Rose & Shannen. Leurs vrais prénoms? Personne ne le sait plus.
A part elles.
Tout le monde les appelaient déjà comme ça avant, à leur demande.
Peut-être qu'une ou deux assistantes sociales s'en souviennent, mais il faudrait les retrouver, et personne n'a jamais essayé. Après tout, qui ça intéresserait?
Bref, les jumelles vivent en France et se font des amis. Pas beaucoup, mais ceux-là suffisent.
Elles sont retournées une seule fois en Allemagne, plus précisément à Magdeburg, pour les vacances de noël.
Physiquement, elles sont pareilles jusqu'au moindre grain de beauté.
Même leurs dents sont semblablement alignées. Impossible de les reconnaître et leurs caractères sont identiques, malgré quelques différences que très peu de gens peuvent remarquer.
Les twins ont maintenant 15 ans. Toujours aussi proches, toujours aussi identiques.
C'était le 20 mars. Dernier jour de l'hiver. Il faisait frais. On marchait toutes les deux près de la mer.
Shannen venait de sortir de l'hôpital. Elle s'était cognée l'arrière de la tête contre un mur. Bilan: une commotion bénigne = 3 jours à l'hosto.
On était sorties se promener au bord de l'eau.
On tenait nos chaussures dans nos mains, le sable froid et humide crissait sous nos pieds mais on s'en fichait.
On parlait de la méga tof qu'allait organiser Morgane pour fêter le début du printemps.
On souriait, on riait. Bref, on était heureuses.
Tout en parlant nous avions gravit la falaise qui surplombait la mer. Cette falaise était haute de 15 mètres et les vagues venaient s'écraser contre elle.
On était à présent au bord de cette fameuse falaise et on s'amusait à essayer de deviner quels beaux mecs allaient venir à la soirée.
Ce fut si soudain qu'on eut à peine le temps de se rendre compte de ce qui s'était passé.
Shannen glissa tout à coup et tomba en arrière, dans le vide.
Je m'étais précipitée mais trop tard, tout ce que je pus rattrapé fut sa mitaine droite; sa main avait glissée.
Je l'ai regardé tomber encore et encore, en arrière, dans sa chute interminable.
Le moment où elle a traversé l'eau grise et agitée fut la dernière fois où je l'ai vue.
Ce moment me hante jusque dans mes cauchemars.
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Il y a des blessures qui ne guérissent jamais. On a beau les panser, on ne fait que stopper l'hémorragie. Les cicatrices restent à tout jamais profondément marquées en soi et elles peuvent se rouvrir à tout moment. Et la plupart du temps, cet instant là est fatal...

